Chaque être possède ses propres codes et références hérités des activités sociaux-culturelles de son enfance. Voilà, le genre de phrase que j’aurais pu vous écrire pour introduire cette critique si j’avais été auteur chez Télérama. Mais comme j’ai mieux à faire de mes week-ends que d’aller au festival du cinéma de l’oiseau et de la nature d’Abbeville et qu’en plus, je ne vote pas à gauche. Je vous dirais tout bonnement que notre passé nous a forgé des souvenirs forts liés à certaines œuvres. Ici en l’occurrence, les schtroumpfs. Inutile de vous présenter ces minuscules créatures à la peau bleue hautes comme trois pommes, ô combien connues. Connues au point même que le correcteur d’orthographe de Word reconnaît le mot schtroumpf, c’est dire.
Le premier album des petits bonhommes de Peyo que j’ai lu est le cinquième « Les schtroumpfs et le Cracoucass » que mon regretté papa nous avait transmis à mon frère et moi un samedi après midi de mes sept ans. Bien évidemment, nous furent immédiatement charmés. Certes, les péripéties ne schtroumpfaient pas quatre pattes à un canard. Mais elles étaient parfaites pour des bambins et surtout, elles faisaient un joli pied de nez-au-français car avec les schtroumpfs finis les problèmes de conjugaison ou d’accords ! Ainsi nous entamâmes une collection des aventures des mangeurs de salsepareille. Alors quand en 1996, j’apprenais qu’un jeu vidéo « Les Schtroumpfs autour du monde » était disponible sur Megadrive, inutile de vous dire que je savais déjà quoi réclamer au père Noël.
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L’histoire est un thriller géopolitique d’anticipation assez fascinant qui révélera peu à peu les aspirations des protagonistes mais surtout les alliances qui se noueront et se dénoueront au gré du jeu pour finir sur un dénouement magistral et grandiloquent.
Non, je déconne.
L’aventure débute dans le village des schtroumpfs à la nuit tombée. Deux petits curieux que sont la schtroumpfette et un schtroumpf lambda, décident de s’introduire… dans la maison du grand schtroumpf (bande de dégueulasses). Le récit veut officiellement que ce soit pour aller voir le « merveilleux talisman » qui dit-on, permet de voyager autour du monde. Même si je les soupçonne plutôt d’être venus pour dérober quelques hallucinogènes. Bref, totalement sous crack et en manquent, nos deux schtroumpfs vont maladroitement toucher l’artefact, et le cassent ! C’est la cataschtroumpf ! Soudain, un éclair déchire le ciel et propulse nos amis dans de lointaines contrées. Votre mission consistera à traverser à l’aide de notre schtroumpf lambda ou de la schtroumpfette, six continents et plus de dix huit niveaux. Et dans chacun de ces mondes, il vous faudra trouver dix fragments du « merveilleux cristal » pour pouvoir espérer revenir au village. Bon, pourquoi pas.
Le gameplay s’inscrit dans la lignée des jeux de plateformes de l’époque. C'est-à-dire des jeux à la technique rodée, avec de jolis graphismes, mais sans aucune originalité. On a donc trois actions possibles : le bouton A pour courir plus vite, le bouton B pour sauter et le bouton C pour donner un coup de pied, mais nous y reviendrons. Toute la science du jeu consistera à savoir doser A+B pour donner plus ou moins d’amplitude à vos bonds. Le souci, c’est que n’est pas Mario qui veut. Je m’explique. Dans les jeux estampillés du plombier italien, les sprites (où élément graphique dans notre langue) sont presque tous carrés. En clair, on sait jusqu’à quelle limite on peut aller avant de s’élancer. Or, ici les éléments du décor ont souvent des formes arrondis ou avec de l’angle et parfois on croit que l’on va encore avoir un pas d’élan avant de s’envoler. Sauf que non et du coup « bim » on s’étale comme une merde dans le fond d’un ravin telle Pauline Laffont ou l’on se noie dans un fleuve façon petit Gregory. Et c’est reparti pour un tour… Du Infogrames tout craché.
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Et c’est via ce système de jeu (oui, j’emmerde les mots anglais, je trouve ça trop destroy) que nous allons parcourir six continents que sont, et dans l’ordre : L’Amérique du Sud, le Pôle Nord, l’Amérique du Nord, l’Afrique, l’Australie et l’Asie. Il n’y a pas notre bon vieux continent car bien qu’on ne sache pas réellement où ils habitent, on se doute que les Schtroumpfs sont européens, puisqu’ils ont donné leur couleur de peau à l’anneau olympique.
Chaque continent se divise en trois niveaux et au début de chacun d’entre eux il y a un indice sous vos écrans (à prononcer façon Questions pour un champion) qui vous indique où d’éventuels fragments de cristaux pourraient se cacher. Les trois tableaux se composent le plus souvent selon un schéma préétabli. Le premier est banal. Vous vous déplacez dans le monde à faire vos petits bonds pour récupérer vos dix cristaux au milieu des branches, igloos, cactus, marais ou que sais-je encore. Le deuxième coupe le rythme bien morne du soft. Certains se dérouleront par exemple sous les flots, tandis que d’autres consisteront à échapper à un scrolling forcé ou à éviter de se faire engloutir par une vague géante lors d’une séance de surf finalement peu mémorable. Quant au troisième, il renoue avec le premier puisque là encore, il s’agira d’un énième niveau de plateforme.
Malgré tout, les développeurs ont essayé de casser le déroulement maussade de l’aventure en vous obligeant par exemple… à ramener des mouches dans leur nid. Ils ont aussi crées un système de fioles qui telle Alice au pays des merveilles vous fera grandir ou rapetisser. Malheureusement, on regrettera que cette idée ne soit présente que dans un seul monde. Vient enfin s’ajouter les fameuses actions à effectuer au pied via la touche C comme je vous le disais auparavant. On aura à titre d’exemple à shooter des balles en plastique contre un gong pour récupérer des fragments (ne me demandez pas où est la logique) ou même encore à nourrir des singes de bananes via ce procédé. Rien de très excitant donc.
Oui, j’ai conscience que le paragraphe précédent vous a totalement fait rêver. Et vous êtes sympas de me lire encore, car à jeu terne, test terne. Mais j’ai décidé de rire un brin puisque vous comme moi nous en avons besoin. Les schtroumpfs sont des personnages mignons tout plein avec leurs petites queues et leurs petites bouilles arrondies. Bien évidemment, ils ne tuent pas vu le public auquel ils s’adressent. De ce fait, dans le jeu, lorsque l’on atterri sur la tête d’un ennemi, il fait un air tout triste avant de tomber dans le bas de l’écran et de disparaitre. Sauf qu’il y a une exception.
Dans le premier niveau du Pôle Nord, il y a des otaries jongleuses qui sont totalement adorables avec leurs grands sourires aux lèvres, leurs moustaches rigolotes et leurs langues dégoulinantes de bonne humeur. Comme c’est un animal qui aime jouer, elle s’amuse à vous lancer des boules de neige qu’elle fouette via sa queue telle une joueuse de volley-ball. Bref, c’est trop choupinou. Sauf qu’elle possède un fragment de cristal. Pour l’obtenir il faut lui renvoyer la boule via un coup de pied. Une fois cela effectué, l’otarie sera battue et abattue mais restera à l’écran ! Et le tout dans une pause qui rappellera furieusement les images issues des documentaires de la WWF pour lutter contre le massacre des bébés phoques. Voilà ce que cela donne en images.
« YO DAWG, I HEAR U LIKE SNOWBALL »
« O RLY ? »
« YA, RLY »
« LOL, WHERE IZ UR BUCKET NAOW ?! »
Graphiquement, on souffle le chaud et le froid. J’adore cette expression. Techniquement il n’y a rien à redire, jamais une chute de frames ou un ralentissement. Au niveau de l’animation là encore, c’est top et cela fourmille de détails. Par contre pour ce qui est des décors je serais moins dithyrambique.
Certains mondes et je pense notamment au premier du Pôle Nord ou au troisième de l’Amérique du nord sont à se taper le cul par terre et sont vraiment sublimes. On devine que l’on arrivait vers la fin de vie de la génération 16 Bits. Cependant ce tableau enchanteur est entaché par des niveaux assez vides ou avec des fonds qui rappellent certains sprites Nes. Malgré tout, ça reste de très bonne facture et c’est pour moi l’argument numéro un de ce soft.
On passera rapidement sur les musiques et les bruitages qui, sans relever du génie sont de bonnes factures.
En fait, le vrai problème des schtroumpfs autour du monde, c’est sa difficulté. Gamin, j’étais du genre téméraire, puisque j’avais à force d’abnégation, réussi à boucler un autre jeu Infogrammes réputé pour sa complexité, Tintin au Tibet. Mais avant aujourd’hui, je n’avais pas réussi à finir tous les mondes. En effet, je bloquais à cette foutue course avec cet enculé de Lynx en Amérique du Nord qui est juste infaisable tant il faut connaître par cœur le monde et avoir une dextérité et une habilité redoutables. Et si le hasard ne m’avait pas fait trouver le password pour l’Australie, je n’en aurais jamais vu la fin.
D’ailleurs en parlant de cela, non content d’avoir pondu un jeu difficile avec des sauts parfois un brin ardus, les développeurs ont mis en place un système de pass merdiques, puisque vous n’en avez un nouveau que tous les six niveaux. Alors qu’il y a dix-huit tableaux, faites le calcul…
Bref, on chie des briques et je vous conseille le mode easy si vous voulez profiter un minimum. Car bien qu’avec trois vies et quatre cœurs de départ, deux bonds dans le vide plus tard vous feront comprendre que ce n’est pas un réel filet de sécurité. Il y a bien un niveau bonus qui permet lorsque vous avez trouvés trois clés (une est plus ou moins cachée dans chaque monde) d’accéder à un tableau spécial pour gagner des vies. Mais une fois le temps écoulé vous devez recommencer le dernier niveau où vous avez trouvé la dernière clé, depuis le départ…
Non vraiment carton rouge de ce côté-ci.
Mais au final, malgré une difficulté élevée et un gameplay un brin classique, les schtroumpfs autour du monde vaut le coup pour ses graphismes soignés, non ? Et bien, comment dire, il y a un truc qui me dérange. Je ne sais pas vous mais moi, quand je vois une cartouche estampillée de la licence de Peyo, je m’attends à voir plein d’éléments issus de la bande dessinée. Or, ici, hormis la scène d’introduction et les deux personnages jouables il n’y a rien d’autre ! N’espérez même pas voir l’ombre d’un schtroumpf noir, d’un Cracoucass, d’un Gargamel ou d’un Azraël.
Bon d’accord, le fait qu’ils effectuent le tour de la planète n’était peut-être pas des plus propices. Mais je ne sais pas, ils auraient pu nous faire voyager de continent en continent via l’Aéroschtroumpf ou même rencontrer le Cosmoschtroumpf dans le creux d’un volcan ou sur la lune. Ah, et puis tiens, un truc tout bête, les cœurs auraient pu être remplacés par de la salsepareille.
Le plus fou dans tout cela, c’est que si l’on sait que le personnage féminin est la schtoumpfette (en même temps c’est facile, c’est la seule fille du village), on ne sait même pas qui est le personnage masculin ! Le schtroumpf costeau ? Farceur ? Grogon ? Paresseux ? Le mystère demeure intact…
En fait, je me demande presque si le soft n’était pas à la base un projet sans rapport avec les petits bonhommes bleus, mais qui finalement, pour mieux vendre, a été bricolé avec deux scènes d’introduction et deux skins.
En déception, les Schtroumpfs autour du monde reste une déception jolie et non l’inverse. Si vous êtes un grand fan, préférez lui son aîné qui bien qu’aussi difficile a un rapport avec l’univers de la BD. Si vous n’êtes pas fan, attendez-vous à briser quelques manettes.