D'ordinaire, je n'apprécie que très modérément les vidéos de TAS. Ça a ce côté tellement artificiel qui exploite des bugs à outrance, pour moi ça dénature un peu l'objet. Je me comprends.
Mais là, je suis tombé sur une vidéo improbable : quelqu'un annonce avoir terminé Megaman X2 en dix minutes.
Forcément, ça m'interpelle. C'est un jeu que j'ai poncé dans tous les sens, possiblement celui sur lequel j'ai le plus développé ma technique à l'époque. Les raccourcis, passages un peu tendus, je les ai tellement faits et usés pour tester à quel point ils étaient praticables ou pas qu'ils sont encore ancrés dans ma mémoire. Aujourd'hui je suis incapable de reproduire ce que j'ai pu faire : il y a un côté je me la pète, mais ouais, j'estime avoir été un peu intouchable sur ce jeu et tout ça sans save state ou outil quelconque.
A contrario j'aurais été incapable du TAS. Peut-être que ça m'aurait amusé dexle reproduire mais eh, chacun ses kinks.
Et donc la vidéo :
Ça commence donc par le niveau d'introduction où le mec va vite. Très vite. C'est du TAS, donc au frame près, difficilement (impossiblement ?) réplicable en vrai.
Puis il attaque direct avec Crystal Snail. Je ne comprends pas. Le niveau est semé d'embûches et le boss est relativement lent à démolir.
Dès les premières secondes, il chute : je pense qu'il va utiliser une méthode spéciale pour récupérer un powerup, mais il meurt. Je ne comprends pas

Directement derrière, nouveau sacrifice. Je suis paumé.
Troisième tentative, il file cette fois jusqu'au boss. Affrontement virtuose, il sort des esquives en slide que je n'avais jamais vues, je suis impressionné. Il gagne très facilement, mais à ce moment là je ne comprends pas trop.
Derrière, Wheel Gator. Il sort un saut sorti de je ne sais où pour récupérer l'upgrade du buster, là encore c'est à la frame près et je ne crois pas cela réalisable en situation réelle.
Il se jette sur des pics juste après et je comprends alors ses deux premières vies : il a provoqué un game over pour retourner au plus vite sur l'écran de sélection.
Direction Magna Centipede. Là encore je ne vois pas où il veut en venir, il est équipé d'une seule arme qui est inutile dans ce niveau. Mais il m'éblouit avec un slalom et une esquive sur des blocs mouvants, il flirte avec la mort. Là encore, c'est je pense irréalisable en vrai
Et puis tout bascule. Un demi boss chiant comme la pluie, il flirte avec le game over mais ça passe. C'est à ce moment où il va exploiter un bug.
Le niveau de Magna Centipede a pour particularité d'être un des huit initiaux mais également d'être le niveau final. On affronte au même emplacement un demi boss et potentiellement plus tard Zéro, le copain revenu d'entre les morts, qui ouvre à cet endroit précis le passage vers le boss final.
tl;dr ? Le gus exploite un bug qui permet de passer du niveau "traditionnel" au passage vers le boss final, en utilisant simplement une arme généralement reconnue comme inutile.
Je ne comprends pas le procédé et ne veux pas le comprendre. Une vidéo explicative point par point existe, mais elle ne m'intéresse pas. Ce qui me fascine là-dedans, c'est que trente ans plus tard, un bug d'envergure a été exploité vraisemblablement pour la première fois et détruit méthodiquement ce qui est pour moi un de mes plus gros mythes.
Je ne dis pas ça négativement, en voyant la performance je le suis dit "ah oui quand même", puis j'ai plus été intéressé par la facilité avec laquelle il s'est défait du boss final relou.
Ça me fascine que plus de trente ans plus tard, certains continuent de se challenger pour faire tomber des murs et y parviennent.
Combien d'heures cumulées pour parvenir à ce résultat ? Des centaines ? Plus ? Jusqu'au jour où quelqu'un parviendra à appliquer cette méthode, manette en main et sans outil d'assistance ? Est-ce seulement possible ?
En attendant je me revois découvrir ce jeu avec incrédulité et joie incontrôlée dans la vitrine du magasin de jeu vidéo, avant de courir vers ma mère en criant des propos d'excitation probablement incompréhensibles pour l'adulte qu'elle était.
Puis voir avec effroi quelques jours plus tard que le seul exemplaire présent n'était plus en vitrine. Il avait été vendu. Revenir vers la mère, en larmes. Littéralement.
Ouvrir le jour de mon anniversaire le cadeau de ma marraine et découvrir... l'exemplaire du magasin. Exprimer des sentiments mélangeant joue absolue et incompréhension, réaliser devant le rire de la mère et de la marraine que tout cela était un PLAN.
Passer des heures dessus. Une tranche de vie. Échapper à la lave d'un volcan de plus en plus rapidement. User mes doigts sur les boutons de saut et de glissade pour recommencer les mêmes séquences, encore et toujours, convaincu que tel obstacle peut être franchi, telle zone atteinte.
Ce jeu, c'est un peu ce qui a forgé ma persévérance, mon application et la résilience alors que ces éléments étaient devenus absents en milieu scolaire. Et qui était quelque part devenu ma bulle de sécurité.
Tout ça, c'est un bout de moi en fait. Et un exploit en TAS, tout aussi intrigant soit-il, ne pourra jamais me le retirer.